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Le choix de Stéphane De May est chronologique, nous vivons avec Mendelssohn de 1828 à 1845, à travers huit opus de six romances chacun. Il est sans doute utile de préciser, puisqu’il le signale lui-même, que Stéphane De May a enregistré ces recueils (au Conservatoire Royal de Musique de Bruxelles) « à l’approche de la cinquantaine, après une intense période de remise en question et de silence », ce qui l’a amené à « retrouver du sens à travers la musique ». Précision importante : cela signifie en filigrane que cet artiste généreux y a introduit une motivation personnelle dont il faut tenir compte. Nous éviterons ici l’analyse systématique de chaque moment de cette interprétation pour en faire plutôt ressortir l’impression générale qui, à l’intérieur d’un style à la fois raffiné et audacieux, épouse un univers qui dit bien ce qu’il veut exprimer par son seul titre. Car les « paroles » n’en sont pas exclues, elles sont en demi-teinte, elles jaillissent la plupart du temps dans la spontanéité pure et immédiate de la confidentialité. Si nous traduisons bien sa démarche, Stéphane De May en a assimilé toutes les nuances, toutes les douces aspirations, toutes les couleurs changeantes, mais aussi cette sensation d’improvisation chaude et caressante, dans des contextes qui vont du rêve éveillé à l’éveil après le rêve, ce moment si précieux où le chant, enfoui au plus profond du cœur, peut soudain s’élever vers la clarté et se remplir de fraîcheur, de légèreté et de finesse. C’est tout cela que l’on découvre au fil d’une lecture sensible, sans le moindre excès, comme si la parole, absente du titre, était tout intérieure, dans le murmure de l’âme ou dans le silence intime qui berce nos mélancolies, nos joies ou nos solitudes. Celles que Mendelssohn partage, en toute simplicité (le terme est ici fondamental), mais toujours avec un lyrisme discret.

Stéphane De May signe ici un très bel album, avec une grande variété de paysages, délicats, modelés avec soin, un sens esthétique déployé mais maîtrisé ; il « raconte » un ensemble d’histoires que l’on écoute avec un bonheur qui dure un peu plus de deux heures, sans jamais se départir d’un réel sentiment de bien-être. Quand le geste pianistique rejoint la poésie…

Son : 9   Livret : 9  Répertoire : 10   Interprétation : 9

Jean Lacroix



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